Excerpts from “Graal Flibuste”

Brindon and Clotho?

A minuit sonnant fut allumé notre brasier qui crépita aussitôt de tous ses pétards et flamboya de tous ses feux ; il s’élevait progressivement dans les airs en s’élargissant jusqu’au moment où, du milieu même des flammes, un cœur de diamants fut projeté dans l’espace, palpitant d’étincelles et fulgurant de rayons d’or ; il parcourut dans le ciel un espace circulaire tel un astre en furie puis éclata en un million de cœurs qui embrasèrent toute la voûte céleste pour aller s’éteindre, épuisés, à quelque mille lieues à la ronde. L’impression que je ressentis de ce spectacle fut une espèce d’horreur sacrée ; la vision était plus qu’un divertissement, elle était chargée de sens. Le destin de certains cœurs mal faits pour assumer leur fonction régulatrice, trop grands pour se suffire des douceurs du quotidien, trop instables pour entretenir la passion nécessaire à un amour unique, est de se montrer par à-coups dans toute la splendeur de leur dérèglement pour aussitôt tomber à l’état de cendres ou d’objets méprisables. On dirait que chacun est seul de son espèce, comme si son plus proche parent devait lui être plus distant, plus dissemblable et même plus indifférent que ne l’est pour Apollon l’infime éclat du bouton d’or, du seul fait qu’il possède avec lui des ressemblances.

At the stroke of midnight our works were lit. Firecrackers crackled, flames flared, and little by little they all rose into the air, growing larger and larger until, from the very center of the glare, a heart of diamonds was flung into space, palpitating with sparks and flashing with golden rays. The heart circled the sky like a furious star, then exploded into a million smaller hearts that set the entire firmament ablaze before dying out exhausted, a few thousand leagues in every direction. The impression this spectacle made on me was one of holy terror. The vision it offered was more than a diversion, it was charged with meaning. Certain hearts ill-suited to their regulatory function, too big to content themselves with quotidian comforts, too unstable to maintain the passion necessary for an exclusive love, are fated to fitfully exhibit all their disordered splendor before falling away as ashes, worthy of contempt. Each of these hearts seems the only one of its kind, as though its closest relative were more distant, more dissimilar, and even more indifferent than the buttercup’s tiny glow is to Apollo, by the very fact of their resemblance.

Les lavandes-mouettes. Elles sont presque arborescentes. Une longue tige où tous les trente centimètres s’accroche une couple de petites feuilles odorantes d’un bleu pâle. Sur le sommet de la tige, deux ailes blanches vivantes qui se déploient ou se referment selon le temps et l’heure. Au plein soleil de midi, dans les senteurs exacerbées, ces milliers d’ailes éployées battent à des cadences diverses pour donner à l’œil le spectacle d’une armée de mouettes comme captive du parfum de la plante. Tout cela bleu et blanc, préfiguration des champs marins.

     Les joies-du-matin. Ce sont des sortes de soleils roses aux pétales liquides. La sève jaillit le long de la circonférence du cœur, formant fontaine de douze ou quatorze jets. Des champs immenses de joies succèdent aux pusztas de lavande, rafraîchissant l’atmosphère de leurs humides cultures ; car la joie se cultive ou plutôt se force au moyen d’engrais appropriés et de repiquages ; la fleur brute est de coloration terne et sa sève coulant goutte à goutte ne forme que des embryons de pétales. Il n’est rien de plus beau qu’un champ de joies-du-matin en pleine floraison ; et quel bien-être de s’allonger nu sous les cascatelles ! La peau s’adoucit, elle devient suave comme une corolle d’églantine, et l’esprit se décante de ses peines ; on resterait des jours entiers sous ces pluies de Jouvence.

     Les barcarolles. Coques légères qui restent au sol mais dont la tige se dessèche et rapidement se casse, laissant la fleur vaquer de-ci de-là. Par temps de bise, les barcarolles se déplacent et s’égaillent sur des kilomètres de lande ; on dirait d’une fête japonaise. Le mauve et le jaune dominent.

     Les vergedouces. Ce sont des cactées sans épines, lisses et très proliférantes. Elles forment des arbustes qui le matin, pour être gros comme de framboisiers, seront vers seize heures de la dimension d’un cèdre. Au premier souffle du large, vers dix-neuf heures, les sels marins attaquent la pulpe délicate qu’ils rongent incontinent et l’arbre n’est plus qu’un squelette, puis un petit tas de fibres.

     Les pavots-chiens. Plantes dangereuses parce qu’elles s’attaquent à l’homme. Nous les avons vues de loin, massées sur une colline qu’elles teintent de pourpre et d’hyacinthe. Elles aboient au passage de la chair fraîche. Les étourneaux qui s’abattent sur la colline, séduits par sa couleur qu’ils prennent pour celle de cerises, sont vite dévorés. Chaque fleur est pourvue d’un pédoncule extensible ; elle saute sur sa proie et la mord ; morsure venimeuse qui facilite et écourte la lutte contre l’adversaire.

     Les oublieuses-d’amertume. Fleurs exquises, profondément voilette et odorantes, nacrées d’émeraude et frissonnantes de désir. Elles furent transplantées en cette région maritime, bien trop secrètes de nature pour en être originaires. Et néanmoins les y voici acclimatées comme ces populations qui, nées dans les brumes du nord, vont adoucir, rêveuses éternellement de neige et de fine pluie, les fiestas barbares des autochtones du sud. On pense, en les voyant si douces, à des Américaines boréales qu’une chaise transatlantique, parce qu’elle est voisine d’une palme, retient sur les bords d’un golfe tropical. Dépaysement et remembrance. Leurs amours qui furent, au temps des perles et des whisky-parties, traversées de drames gangsters, sont aujourd’hui, la fièvre étant tombée, paresseusement blotties entre la plage et l’orangeade inoffensive.
Ainsi de ces crucifères veloutées.

Lavender-seagulls. Almost arborescent. Every twelve inches, a pair of little fragrant leaves, pale blue in color, cling to a long stem. At the top of the stem, two living white wings extend or close according to the weather and the hour. Under the high midday sun, the leaves’ redolence exacerbated, thousands of outstretched wings beat at various cadences, offering the spectacle of a seagull army held captive by the plant’s perfume. Blue and white prefiguration of the fields of the sea.         

Morning-joys. These are a sort of pink sun with liquid petals. The sap surges along the circumference of the core, forming a fountain with twelve to fourteen jets. Pusztas of lavender give way to immense joy fields, which refresh the atmosphere with their humid crops. Joys are grown or rather forced by using transplantation and the right fertilizer. In its wild form, the flower is dull in color and its dripping sap forms only embryonic petals. There is nothing more beautiful than a field of morning-joys in full bloom, and how good it feels to lie nude under these little cascades! The skin grows softer, as suave as a whorl of wild rose, and sadness settles out of the mind. One could spend days under these Showers of Youth.         

Barcarolles. Light hulls that remain on the ground, but once the stem dries and breaks, the flower is free to drift. When the north wind blows, the barcarolles scatter over miles of shrubland, calling to mind a Japanese festival. Mauve and yellow dominate.       

Softrods. These are cacti without needles, smooth and very abundant. In the morning, they form shrubs the size of raspberry bushes that by four in the afternoon are as big as cedars. At the first wind from the sea, around seven in the evening, the salt instantly lays siege to the delicate pulp, destroying them from the inside out, and the trees become nothing but skeletons, then little heaps of fibers.     

Dog-poppies. Dangerous, known to attack humans. We saw them from afar, in masses on a hill they’d colored maroon and hyacinth. They bark when fresh meat passes. Starlings that swoop down on the hillsides, lured by a color they take for cherries, are quickly devoured. Each poppy has an extendable stalk; it jumps on its prey and bites it, injecting it with a venom that shortens the fight.

Grudge-softeners. Exquisite flowers, profoundly violet and fragrant, pearled with emerald and quivering with desire. They were transplanted to this maritime region, far too reticent by nature to be its natives. Yet here they are, acclimated like emigrant populations that, born in the mists of the north, eternally dreaming of snow and fine rain, temper the barbaric fiestas of the southern natives. The sight of their mildness makes one think of those boreal American women whose deckchairs, by virtue of being next to a potted palm, seem to tie them to the shores of some tropical gulf. A change of scene, a scene recalled. Their loves, once shot through with gangster drama in the age of pearls and whiskey parties, are now lazily curled up between the beach and an innocent orangeade, the fever having been long since broken.     
So it is with these velvety crucifers.

LA QUETE D’AMOUR DE LA SORCIERE VAOUA

– I –

     La sorcière Vaoua part à la chasse, à la chasse d’amour
    Ella a mis ses belles chaussures en peau de requin et sa robe d’aigue-marine,
     Elle a peigné ses cheveux blonds, elle s’est mis une couronne de perles,
     Mais surtout ses yeux elle les a rendus brillants avec du sang de poulpe.
     Elle a mangé trois mille douzaines d’huîtres pour activer son désir,
     La voilà frémissante parmi les récifs de corail, elle plonge, elle remonte à la surface.
     Mais elle décide à chercher ses amants dans les grands fonds, où l’obscurité facilite les rencontres.
     J’ai vu la prophétesse Vaoua, le désir lui sortaient par tous les pores de la peau,
     J’étais caché derrière une roche et vraiment je la trouvai à mon goût.
Mais qui peut prétendre à l’amour d’une déesse s’il n’est pas désiré d’elle ?
     Et surtout, qui peut prétendre à l’amour s’il a peur de la nuit et de grandes amoureuses ?
     Pour être aimé il faut être provoquant, il faut sortir de sa maison la nuit tombante
     Et fréquenter les débits de boisson.
    Ou bien errer parmi les algues, dans le grand mouvement de flux et de reflux qui berce les ténèbres.
La prophétesse Vaoua connaît tous les secrets de la mer
    Et si j’étais poisson ou sable fin
     Elle me trouverait dans ma cachette sans hésiter.
     Mais je suis moi aussi un dieu sous-marin
     Et ce que je veux céler je le cèle, mon cœur m’appartient en propre,
     J’ai ceci de commun avec les hommes mais eux ne connaissent pas le danger
     De garder un secret que ni les dieux ni les hommes ne pourront jamais connaître.
     La sorcière Vaoua part à la chasse d’amour,
     Elle va faire des ravages parmi le menu fretin, elle se réjouit déjà à la pensée de déshabiller ses victimes.
     Ah, dit-elle, nous allons faire une belle salade,
     J’en ramènerai douze et nous verrons bien
     Qui triomphera demain matin, de moi ou d’eux, chétifs mignons.
     Mes adorables, mes poissons doux, mes petites couillettes,
     Ils ont une peau de pêche, une bouche de framboise, un ventre de nacre, une biroute en sucre,
     Mes sucres d’orge, mes bonbons mous,
     Et leurs fesses d’abricot je les palpe tandis qu’ils s’évertuent sur moi.
     Les voilà tout essoufflés, tout transpirants,
    Je lèche leur sueur qui a le goût des larmes et du plaisir.
     Je passe ma langue entre leurs jambes
     Et les voilà qui recommencent à durcir et à me monter dessus.
     Mes petits montagnards, mes acrobates en miel, mes petits bordons, lorsqu’ils me chuchotent à l’oreille :
     « On se verra quand, dis, grande salope ? »
     Je les laisse dire, je pourrais les étrangler
     Mais j’ai besoin de leurs gamineries.
     Lorsqu’après l’amour je les mets sous la douche,
     Ils frétillent comme des poissons qu’ils sont,
     Ils me demandent de les frotter, de leur mettre de l’eau de Cologne,
    Et quand ils sont propres, qu’ils embaument et qu’ils sont frais comme des roses,
     On se remet au lit et on recommence.
     Ah ma mère, vieille Bâth, impératrice des eaux,
     Que je vous remercie de m’avoir fait femme,
     De m’avoir donné ces seins, ce ventre et ce trou bien chaud
     Où vont et viennent les doux petits bâtons de chair.
     Vers six heures du soir je leur offre le thé et des pâtisseries,
     Ils se gavent de babas et de religieuses.
     Les pauvres petits sont épuisés mais leurs yeux sont si beaux, si beaux après l’amour,
     Que je les ferais bien mourir de plaisir.
     Oh le dernier, celui de hier, qu’il était tendre et sublime
      Avec sa peau bistrée et ses dents de neige !
     Je ne me lassais pas de lui, j’en avais la tête vide,
     Et lui riait, riait ce qui m’excitait davantage.
     Nous avons fini sur la descente de lit à nous lécher doucement les oreilles.
     Comme deux animaux las d’une journée de travail

– II –

     Masi la divine Vaoua lorsqu’elle n’aura plus d’argent, qu’est-ce qu’elle fera ?
     D’abord elle sera laide et vieille.
     Elle aura beau se mettre du rouge aux lèvres et du vert aux cils
     Elle aura beau se badigeonner à l’huile de foie de morue pour attirer les petits poissons,
     Ses astuces seront vaines.
     On la verra errer sur le boulevard nocturne,
     Frileusement serrée dans son vison rapé, les bas en accordéon, les talons éculés,
     Elle finira par dire la bonne aventure pour gagner trois sous et tenir dans ses mains une main d’homme.
     Elle ira boire un coup toute seule dans un boui-boui dégueulasse,
     Et comme elle est immortelle, on la verra pendant tous les siècles des siècles.
     On lui fera « vaou, vaou » comme à une chienne mythologique.
     Qu’elle sera malheureuse la pauvre Vaoua !
     Elle ira dormir tout au fond de la mer, dans les endroits les plus retirés,
     En compagnie de vieilles femmes puant l’urine et de vieux hommes en train de chier dans leur culotte.
     Elle se blottira dans un coin toute seule près de sa casserole où des haricots moisissent ;
     Elle grignotera une biscotte tombée des latrines d’un grand paquebot,
     Elle évoquera lointainement Jean, Jacques, Philippe, Renaud, Albert, Timoléon,
     Elle n’aura même plus de larmes pour pleurer
     Et elle s’endormira en rotant aigre,
    La main sur l’estomac.

THE LOVE QUEST OF THE ENCHANTRESS VAOUA
– I –     
The enchantress Vaoua is off on a hunt, off on a hunt for love.   
She has donned her sharkskin shoes, her aquamarine dress,     
She has combed her blonde tresses, put on her crown of pearls,     
But most important are her eyes, she has glazed them with octopus blood.     
She has fanned her desire with oysters by the three thousand dozen,     
And quivering there among the coral reefs, she dives and resurfaces.     
But she has decided to seek her lovers in the deepest waters, where darkness abets the encounter.     
I saw the prophetess Vaoua, her desire was seeping from her every pore,    
I was hiding behind a rock and found her quite to my taste.     
But how can a man court a goddess if she feels no desire for him?     
And how can a man court love at all when night and deep damsels distress him?     
To be loved, one must provoke, leave one’s abode at night fall     
And hang about where drinks are sold.     
Or wander through the seaweed, swept by the ebb and flow that gently sways the shadows.     
The prophetess Vaoua knows all the sea’s secrets     
And were I fish or sand     
She’d find me in my hiding place without a moment’s pause.     
But I, too, am an underwater god     
And what I wish to conceal I conceal, my heart is mine alone,     
I resemble men in this, but they know not the danger      Of keeping a secret that neither god nor man can ever know.     
The enchantress Vaoua is off on a hunt for love,     
She will devastate the small fry, and when she thinks of undressing her victims she shivers with excitement.     
Ah, she says, we’ll make a succulent salad,     
I’ll lure back a dozen and tomorrow we shall see     
Who wins out, them or me, adorable runts.     
My cuties, my darling fishes, my little flubs,     
They have peachy skin, raspberry mouths, pearly bellies, sugary dongs,     
My lemonheads, my caramel drops,     
I palp their apricot bottoms as they exhaust themselves on top of me.     
Now they’re breathless, perspiring.     
I lick up their sweat, it tastes of tears and pleasure.     
My tongue moves between their legs     
And they’re hard again and climbing all over me.     
My little mountaineers, my honeyed acrobats, my little bumblebees.
They whisper in my ear:     
“When will I see you again, you big slut?”     
I let them talk, I could strangle them     
But I need their childish antics.     
When I bathe them after my lovemaking,     
They wriggle like the fish they are,     
They ask me to rub them dry, to splash them with cologne,     
And when they’re clean, fragrant, and fresh as mountain daisies,     
We go back to bed and start all over again.      
Oh dear mother, dear old Bath, empress of the waters,      How I thank you for making me a woman,     
For giving me this bosom, this belly, this nice warm hole      Where sweet little fleshsticks come and go.     
Around six in the evening I offer them tea and pastries,      They stuff themselves with babas and éclairs.     
The poor boys are beat but their little eyes are beautiful, so beautiful after we make love     
That I’d like them to die of pleasure.      
Oh the last one, yesterday, how tender and sublime he was     
With his dusky skin and snow-white teeth!     
I never grew bored with him, he chased every thought from my head,     
And he laughed and laughed, which excited me even more.     
We ended up on the bedside rug gently licking each other’s ears.     
Like two animals weary from a day’s work.

– II –

But once the divine Vaoua runs out of money, what will she do then?     
First of all, she’ll be old and ugly.     
And though she may paint her lips red and her lashes green,     
Though she may slather herself with cod-liver oil to attract the small fry,     
Her tricks will be in vain.     
She’ll be seen to wander the dark boulevard at night,
Shivering in her tattered mink, her stockings like slack accordions, her heels worn to the quick,     
She’ll end up reading fortunes to earn a few pennies and feel a man’s hand in her own.     
She’ll drink by herself in a dirty honky-tonk,     
And since she’s immortal, she’ll be seen forever and forevermore.     
People will say “bow-vaow” to her as though she were some mythological dog.     
Poor Vaoua, she’ll be miserable!     
She’ll go to the very bottom of the ocean to sleep, in the remotest corner,     
With old women who reek of urine and old men who shit in their drawers.     
She’ll crawl into a nook all alone with her pot of rotting beans;     
She’ll nibble on a biscuit that fell from the toilets of a cruise ship,     
She will distantly evoke Jean, Jacques, Philippe, Renaud, Albert, Timoléon,     
She won’t even have any tears to cry     
And she will fall asleep with a bitter belch,     
One hand upon her gut.

Mais dans le fond d’une chapelle noire, tout en haut du donjon que cernent les corbeaux, trois cents étages au-dessus des douves, car le château est une ville, dans la bourrasque des altitudes, dureté de pierre et brûlure de feu, sa joie inaltérable au coeur, l’organiste vieil et tordu comme une mandragore jouait pour Dieu seul la phrase sept mille fois sept fois répétée, martelée, coupée, disséquée, fondue, reprise, comme si hasardeusement sortie de son cerveau elle devait, par le supplice qu’il s’infligeait à la redire, retourner au néant originel pour être demeurée inaudible et l’emporter, lui musicien, dans le hoquet de son ultime variation ; ainsi mourrait la mélodie, enfance, maturité, vieillesse, battue au rythme du sang, niant celui de l’heure, regard, chair et squelette devenue, oublieuse d’elle-même comme il l’est de son âge, lui, père de légions d’enfants sans voix, sa vigueur acharnée à la perfection de la phrase, et d’autant d’harmoniques possibles de ces notes qu’aucun chantre ne saurait, dans le matin proscrit de la chapelle, jamais plus faire entendre à une oreille humaine.

But at the far end of a black chapel, at the top of a dungeon hemmed in by crows, three hundred floors above the moat, for the castle is a city, in the gusty winds of the heights, grit of stone and scorch of fire, with an unassailable joy in his heart, the old organist, as twisted as a mandrake, was playing for God alone a phrase seven thousand times seven times repeated, hammered out, cut, dissected, melted down, and started over again, as if in hazarding forth from his brain—through the torture he inflicted on himself to bring it forth yet again—it would return to its original nothingness for having remained inaudible and carry the musician into the hiccup of its ultimate variation; thus died the melody—childhood, maturity, old age—beaten out to the rhythm of the blood, denying the rhythm of the hour, having become perception, bone, flesh, forgetful of itself as he is of his years, this father of voiceless children, his vigor sacrificed to perfecting the phrase, and all the possible harmonics, which no cantor, in the proscribed morning hours of the chapel, could ever again make known to a human ear.